Textes écrits

Pour faciliter la lecture aux personnes qui ont des difficultés d'accessibilité sur Instagram ou autre média, et parce que j'arrive à un moment de ma vie où j'ai finalement peut-être envie de dévoiler mon parcours personnel, dans les échos et la résonance qu'il pourrait avoir pour d'autres, je vais publier des textes que j'ai écrit au fur et à mesure de celui-ci (pas toujours genré de la même façon donc). Des textes que j'ai écrit pour une partie en 2013 / 2014, certains traitant de mon sentiment d'étrangeté dans ce monde, de ce qui est en fait la réalisation progressive de mon autisme, de mon identité de gouine, de mon identité de personne trans, des struggles que j'ai pu avoir sur le plan romantique, dans les relations sociales, etc. Bref, je suis déjà très nu sur Internet, je le serais d'autant plus. En bon Soleil en Cancer, je suis à l'aise avec ça. En espérant que cela vous plaise et / ou vous parle. Take good care of you. 

PS : Pour une meilleure accessibilité, tous les textes seront progressivement adaptés en version audio (certains le sont déjà, mais avec ma voix pré-T)

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Ce que mon hyperlaxité dit de moi.

 

Ce que mon hyperlaxité dit de moi.

J'ai (re)commencé le yoga récemment, et en parallèle j'ai commencé à faire ma demande d'AAH avec ma toubib, mentionnant l'autisme et les douleurs articulaires. Je lui ai donc parlé de mes nouvelles routines, qui me faisaient du bien. Et pour sa part elle m'a rappelé de tout de même faire très attention au niveau de mes articulations, en tant que personne hyperlaxe (hypermobilité articulaire), de ne pas forcément attendre la douleur comme signal /limite dans ma pratique.

Sur le moment j'ai pris ça un peu de loin, du genre désinvolte, comme je peux avoir quand il s'agit des choses que je pratique sur lesquelles on me donne des recommandations (d'accord, appelons cela de l'orgueil, c'en est).

Seulement en effet j'ai continué comme je faisais. Je ne faisais pas la brute particulièrement, mais il est vrai que je me satisfaisais, malgré ma raideur par endroit et la tendance globale de mon corps pour les craquements et tremblements parfois, de réussir à atteindre certains points, à tenir dans certaines postures un peu improbables, parfois même dès le premier coup.

Je n'ai pas forcément eu mal sur le moment, trop habitué aux douleurs chroniques que je suis (ce qui explique pourquoi j'ai mis si longtemps à poser des mots dessus, comme beaucoup de gens...).

Lorsque l'on vit des contraintes et que l'on a pas suffisamment connu autre chose, on s'en accommode, aussi insupportable que cela puisse paraître parfois. On trouve des raisons, des explications, on les contextualise, on les rationalise...jusqu'à ce que l'on ne puisse plus. Une rupture, deux ruptures, trois ruptures, cinquante ruptures...qu'elles soient relationnelles, sentimentales, familiales, amicales, osseuses, tendineuses, matérielles...Les choses cassent, se rompent, nous disent stop de partout, mais on continue, absorbé.e.s que nous sommes par notre propre habituation au chaos, et notre fuite de celui-ci par la même occasion.

Souvent le déni. Je commence à penser que c'est effectivement très souvent le premier réflexe, même chez moi. Ça peut être un déni circonstanciel, mais c'est bien souvent surtout un déni de soi-même, de notre propre être. On fait le calcul : est-ce que j'ai le temps imparti pour m'en préoccuper ? Est-ce que ça en vaut la peine ?

Deux mots essentiels dans cette phrase : « vaut », qui découle de « valeur », et « peine », de ce qui met en peine, donc relatif à la souffrance. Alors ?

Personnellement, je n'ai jamais eu de fracture physiquement, malgré toutes mes chutes, accidents, etc. Mais j'ai vraisemblablement des micro-entorses partout, j'ai eu des luxations, des fois j'ai des parties du corps qui bloquent mécaniquement et souvent des douleurs. Ni vraiment chêne, ni vraiment roseau. La combinaison des faiblesses des deux. En incapacité de plier, mais sans réelle attache.


Pour revenir au yoga et à l'hyperlaxité me concernant.

Est-ce que j'ai donc assez de valeur pour (ne pas) me faire mal ? Est-ce que souffrir me (re)donne de la valeur ? Est-ce que j'ai assez de valeur pour que l'on souffre pour moi ?

Hier, je suis rentré chez moi en clopinant, j'étais au bord des larmes et haletant sur le chemin du retour, tellement la douleur dans ma hanche droite était insupportable. Alors que j'avais pris la canne pourtant. Et que j'étais sorti initialement en ayant une douleur au genou gauche.

Mais dans mon émotionnel du moment, j'ai marché, -alors que je partais avec une douleur!-, jusqu'à me débarrasser de mon énervement, de ma douleur émotionnelle, pour plonger dans les méandres de mon âme. Je me suis plus ou moins perdu dans mes pensées, dans la ville, j'ai confondu des rues, je suis allé trop loin, j'ai pris des détours, je suis revenu plusieurs fois sur mes pas, etc etc.

J'étais supposé m'écouter, m'économiser, et en fin de compte j'en ai fait plus encore !

Et donc j'ai compris pour le Yoga.

J'ai compris pour les limites que l'on n'écoute pas.

Pour l'orgueil. Pour l'égo qui nous dit que c'est par la douleur que l'on prendra sa valeur.

Aujourd'hui je ne peux pas faire de Yoga, de la même façon que je n'irais pas marcher dehors. Par la force des choses, je suis contraint de tout lâcher. De simplement récupérer.

Parce que oui, l'hyperlaxité c'est quoi finalement ? Une absence ou un manque de freins, qui peut, avec une pratique sécurisée, apporter beaucoup de souplesse, mais qui dans d'autres cas peut donner le sentiment d'être sans cesse désarticulé.e. Je suis rentré chez moi en « tenant » ma hanche, comme si elle glissait et que je pouvais la refixer. La tenir, vraiment ? Oui. Et pour compléter le tableau, j'avais la canne à droite et j'utilisais donc ma main gauche à cet effet. Une belle image de torsion n'est-ce pas ? Twisted, en anglais. Un simple mot renvoie à pas mal de définitions différentes. En l'occurence, tantôt à un état de confusion, induit ou ressenti, une posture en marge de la norme, ou tout simplement le fait d'enrouler, de torsader quelque chose. Il y en a sûrement d'autres.


De l'écoute de soi, de ses limites. Du renforcement aux bons endroits pour pouvoir jouir de la partie du muscle (pour rappel, le cœur en est un aussi) qui, en réalité, possède le plus de force, de sorte à ce que tout le poids du corps ne se retrouve pas porté par les tendons (ce qui retient et articule, et lie l'ensemble des différentes parties aussi). Afin de limiter notamment les inflammations (prendre feu), voire les déchirures (ça fait un écho émotionnel ce mot-là, n'est-ce pas ? J'ai toujours trouvé que sa sonorité était extrêmement parlante) et l'effondrement.

Pour ma part je n'ai pas ce dont j'aurais besoin pour tenir la route au quotidien. Je suis continuellement sur mon lit, continuellement envahi par le bruit, par les interruptions en tout genre (depuis quelques temps, il semblerait que tout le monde oublie son badge et prenne le 101 pour l'appartment de lae concierge, donc je réponds régulièrement à l'interphone pour des choses qui ne me concernent pas). Je suis au raz du sol dans presque tout ce que je fais : dormir, manger, travailler, chiller, faire du yoga...Littéralement parterre donc.

Il est donc temps de reprendre de la hauteur, d'enlacer son propre cœur, son propre corps, de relier ce qui semble délié, de délier ce qui semble noué, d'embrasser (prendre dans les bras, dans son sens fondamental) l'entièreté de tout son être, sur tous les plans.

Ce ne sera jamais parfait, on ne peut pas penser à tout, et d'abord comment peut-on définir dans le concret ces deux absolutismes ? Honnêtement je ne vois pas. J'essaye pourtant. Mais si c'est la part d'honnêteté intellectuelle en moi à qui je fais appel, ça ne peut pas avoir de sens. Car c'est par la marge d'erreur qu'une pensée ou une action prend son sens dans la matière. Sinon c'est un concept.

Les concepts c'est fort intéressant, c'est très puissant pour s'ouvrir aux différentes strates. Mais comme le concept de mort n'existe pas sans celui de la vie, la réflexivité a besoin de la matérialité pour exister. Revenons dans la matière et écoutons ce qu'elle nous dit. En principe nous sommes connecté.e.s au Cosmos par le Chakra coronal, au-dessus de la tête, mais nous y sommes aussi solidement relié.e.s par les pieds et tout ce qui se joue -et dans l'idéal s'aligne- entre les deux.

Dans cette dimension en effet, un arbre aura du mal à pousser sans sol et sans racines. D'autant que contrairement aux apparences à l'extérieur, celles-ci dépassent de très loin l'amplitude de ses branches.

Alors oui, revenons dans la matière pour nous (re)connecter pleinement.

« Pierre qui roule n'amasse pas mousse ».

C'est en utilisant les concepts, en les matérialisant, que l'on sort de la matrice.

Être dynamique, ça ne veut pas dire courir, ça ne veut pas dire marcher. Ça veut dire Vivre.

Time to move on. Time to live fully.