Relations, Sens et Existence

Relations, Sens et Existence.png

À ce moment-là je me sentais en symbiose avec elle. Et l'équilibre a été rompu. L'éloignement a fait place à un sentiment de solitude intense, à une perte immense. Un sentiment impénétrable. La peur de ne jamais retrouver le lien qui nous unissait. Le lien qui unit deux personnes l'une à l'autre. L'incapacité de faire confiance à nouveau lorsque l'on a été trop blessé.e.

Il y avait alors deux options possibles: se laisser sombrer dans le tourment ou décider de toucher le fond pour mieux remonter, et apercevoir la rive en étant à la surface, la tête hors de l'eau.
J'ai choisi, tant bien que mal, la deuxième option, et j'ai avancé. J'ai re-découvert l'écriture, celle qui sert à extérioriser les ressentis, positifs comme négatifs, et a pour vocation de les sublimer; le dessin qui permet d'exprimer la créativité trop longtemps enfouie, et la musique, jouée et écoutée, partagée, celle qui transporte vers le ciel et libère de tout. J'y suis encore, le travail continue. J'ai décidé de continuer de parler, sous forme orale et manuscrite, pour entretenir et perpétuer ce sentiment de plénitude, celui des personnes qui ne s'inquiètent pas pour l'avenir, et réussissent à se connecter dans le présent, en se faisant confiance. J'ai entamé la copie du Yi King pour en cerner le sens fondamental, l'essence du discours. Je ne fais que le recopier, mais cela apprend beaucoup de choses, notamment le détachement des événements, l'acceptation de l'ignorance face à l'imprévu, la difficulté à percer à jour le but des relations humaines qui est tout simplement d'exister. Le sens de la vie est de ne pas avoir de sens justement. Mais ce n'est pas grave, c'est plutôt une bonne chose. Cela permet de faire évoluer les différents objectifs que nous poursuivons, les désirs que nous entretenons, ceux que nous délaissons car ils s'avèrent obsolètes dans certaines situations. Comme l'a dit Confucius, « choisir c'est renoncer. » Cela ne signifie pas que l'on perd véritablement quelque chose, mais simplement que lorsque l'on choisit une direction plutôt qu'une autre, et que l'on assume d'être là où l'on se trouve ; que l'on apprécie cet état, éphémère comme tous les autres, on peut ressentir alors un soulagement. On découvre à la fois le libre-arbitre car on a « choisi » d'être là, et en même temps on se libère de la morale et de la pression sociale que l'on s'instaure souvent, pour découvrir que l'on est pas intégralement maître de son destin, ni de celui de quelqu'un d'autre. Nous n'accordons pas assez de valeur aux relations humaines, qui n'ont pas la vocation de dicter ce que nous sommes, mais de nous « laisser être » qui nous sommes, avec nos forces et nos faiblesses (qui sont souvent les mêmes par ailleurs). En découvrant ce qui constitue les autres, leurs vécus, leurs traumatismes, leurs relations, groupes et différentes formes d'investissement personnel, on comprend alors que nous sommes tou.te.s constitué.e.s des mêmes éléments que sont la volonté de vivre, le destin de mourir, et le désir d'amour. Dans ce cas de figure, je ne parle pas forcément d'amour au sens romantique du terme, car l'on est plutôt amené.e à subir cette vision des choses, en poursuivant quelque chose qui n'existe pas véritablement, et de passer à côté de beaucoup d'autres choses constructives et constitutives ; mais plutôt de l'amour qui unit les individu.e.s de façon universelle. Celui qui fait qu'une relation est toujours différente mais qu'elles sont toutes semblables, toujours en évolution, jamais figées, et qui permet de se comprendre, soi-même et les autres, au travers de l'interprétation que nous en faisons.

La symbiose était une illusion, ou alors c'est plutôt la volonté de faire perdurer cet état de symbiose qui en était une, car c'est par l'évolution des rapports, et non leur stagnation, que l'on grandit et que l'on apprend à s'aimer. Replonger dans l'eau de temps à autre permet de se rappeler que la terre existe et que tous les éléments sont indissociables car tous nécessaires à l'existence. Finalement le but n'est peut-être pas l'acceptation du déséquilibre, mais l'appréciation de celui-ci, car il est constitutif de la réalité que nous partageons tou.te.s. L'union est véritable, autant que le détachement des êtres et des choses. Comme je l'avais exprimé dans l'une de mes copies d'examen, « le jour où l'on cessera de parler d'interactions, alors toute chose existante perdra son sens ». C'est par les autres que nous sommes ce que nous sommes, et c'est par nous qu'il.le.s sont ce qu'il.le.s sont. Nous sommes. Et c'est tout ce qui compte. Un jour nous serons, mais ce jour n'arrivera jamais ailleurs que dans nos pensées. Et un jour nous aurons été, mais nous ne serons pas là pour en attester. Je ne parle pas de la mort ; simplement de la perte permanente de ce que nous étions, en devenant ce que nous

sommes maintenant. Si l'on perd tout, alors on ne perd rien ; on est et on devient.